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 L’inceste en Algérie.

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MessageSujet: L’inceste en Algérie.   Jeu 30 Avr - 21:58

Ultime transgression des lois divines, de celles des hommes et de ce que les psychiatres appellent l’OEdipe symbolique, l’inceste défini comme une relation sexuelle entre un homme et une proche parente reste le secret le mieux gardé inavouable (notamment en Algérie) et difficilement vérifiable même quand le scandale éclate et arrive aux oreilles du juge.
Au risque de choquer les vertueux et de soulever le tollé de tous les dévots en barbe ou en hidjab, l’inceste, ce plus vieux tabou du monde, jamais ébranlé, pas même par la vague libertine et des unions libres en vogue dans certains contrées du monde, est aussi transgressé en Algérie. Folie concupiscente ou confusion des deux amours, le charnel et le filial, c’est dans le secret de la chaleur familiale que des proches parents franchissent le Rubicon qui les sépare du péché pour recréer le royaume de Loth. N’était le caractère grave et dramatique des situations vécues qui ont conduit les auteurs d’actes incestueux devant le juge et même en prison, voire, pour les filles dans la rue ou dans la chambre de passe, parler d’un tel sujet serait suivre le chemin facile des lieux communs.

Dans notre société, il y a une propension à affubler les autres de toutes les tares, comme si celle-ci constitue une entité particulière et désincarnée de l’ensemble de la société humaine, obéissant partout aux mêmes déterminismes biologiques et variablement aux mêmes conditions psychosociales et morales. Une sorte de puritanisme confortable, qui consiste à dire que l’enfer c’est les autres. Ce que le Dr. Djaâfar Ben Abdellah, psychiatre, chef de service à l’EHS de Oued Aïssi et expert auprès des tribunaux d’Alger, Tizi-Ouzou et Boumerdès résume par cette formule : "Notre société développe des mécanismes de défense de type projectif : les tares appartiennent aux tarés, aux autres sociétés (...)" Aussi, est-il risqué de céder au piège de la tentation de vouloir à tout prix débusquer le scandale quand c’est dans les plis cachés et sombres du quotidien qu’il faut fouiller pour sentir les relents sulfureux des scandales incestueux qui se trament dans le secret de la chaleur familiale.

Archétype des relations sexuelles équivoques et paradoxales, ce déchaîne-ment passionnel et libidineux en milieu familial mérite d’être regardé de plus près pour décrypter les motivations de telles conduites et les conséquences qu’elles entraînent. Ce n’est pas toujours facile car l’inceste, un crime qui ne dit pas son nom, reste comme un sceau du silence, de la honte et du tabou. "Dans ce conteste culturel et social d’interdits et de non-dits, aucune statistique fiable n’a vu et ne verra probablement pas le jour", dira le Dr. Ben Abdellah pour qui l’inceste reste, malgré tout l’étendue dramatique qui l’entoure "un épiphénomène" mais loin d’être une fantaisie passagère car prêtant gravement à conséquence pour la cohésion des structures familiales et l’avenir psychique et social des "victimes".
Rarement des cas arrivent à quitter l’Univers rose et clos des secrets d’alcôve pour alimenter les gorges chaudes dans les villages et les quartiers des villes même si de nombreux cas d’inceste nous ont été rapportés, mais auxquels nous ne pouvons prêter foi et qu’on ne peut relater ici pour la simple raison qu’ils sont difficilement vérifiables sur le terrain, ni auprès des juridictions chargées de juger ce genre d’affaires traitées dans le secret des prétoires. Une seule ébauche statistique nous est fournie, mais loin de rendre l’étendue géographique de ces relations sexuelles aberrantes. Ces chiffres sont le fruit de l’exercice professionnel du Dr Ben Abdellah et établis dans le cadre de sa mission d’expert psychiatre auprès des tribunaux de Tizi-Ouzou, Boumerdès, Alger et Bouira (Lakhdaria).

Vingt-cinq cas de relations sexuelles entre parents ont été enregistrés de 1987 à 1997, soit en dix années d’exercice et s’établissant comme suit : 20 cas entre pères et filles, soit 80%, 3 entre fils et mères, soit 12% et 2 cas entre frères et sœurs pour un taux de 8%.
Drames à tiroirs
Le Dr Ben Abdellah souligne que sur les 25 cas, seuls 3 ont été recensés dans le cadre de la consultation en service hospitalier, les 22 autres ont été requis par la justice pour les besoins de l’expertise médicale. Maigre moisson ! reconnaît le psychiatre, mais la réalité est toute autre, les chiffres noirs de l’inceste sont voilés et tus. "La sauvegarde de l’esprit de famille, surtout si les conjoints sont unis, la peur du scandale, les représailles en cas de couples séparés sont autant de causes pour l’étouffement de ces affaires" constate notre interlocuteur qui illustre son propos par la narration de ces deux cas symptomatiques de ces drames à tiroirs, à l’allure de poupées gigognes.

Premier cas : Nacer à 16 ans, sa sœur Leïla en a 15. Tous les deux sont lycéens et se retrouvent très souvent seuls à midi chez eux pour déjeuner, car les parents fonctionnaires, sont absents à cette heure-ci. La maman qui nettoie le linge familial se rend compte progressivement d’un fait incongru : Leïla n’étend plus ses sous-vêtements comme d’habitude, mais elle se dit que sa fille devient de plus en plus pudique et d’ailleurs c’est son âge. La tenue vestimentaire de Leïla a changé, que de pan-talons alors qu’elle adorait les robes. La mère occupée par d’autres soucis ne se doutait de rien.
C’est au bain, la veille de l’Aïd qu’elle découvre le drame : le ventre de sa fille doit porter un enfant ! C’est la consternation dans le milieu familial surtout que le frère est dénoncé. La justice est saisie. En leur qualité de mineur Leïla et son frère sont laissés en liberté provisoire. Leïla accouchera quelques mois plus tard.

2e cas : L. A. a 50 ans, maquignon de profession, il est père de six filles. Son épouse âgée de 45 ans paraissait plutôt vieille à cause de ses nombreuses grossesses, à la recherche du garçon, mais en vain. La maman au champ, L. A. se retrouve souvent seul avec Zineb, l’une de ses filles, âgée de 17 ans, la seule qui n’est pas scolarisée et une relation sexuelle s’établit. Profitant de l’absence répétée du restant de la famille, le père recommence à deux reprises tout en récompensant sa fille de quelques cadeaux. Pendant les vacances scolaires, les sœurs s’aperçoivent lors d’un jeu que Zineb était enceinte. Le père incestueux est démasqué mais aucune plainte n’est déposée. Un soir, la mère fera justice, elle-même en poignardant mortellement son époux. Elle sera déférée devant la justice et écrouée. La fille, quant à elle, sera remise en liberté provisoire et mettra au monde un bébé prématurément qui décédera deux jours plus tard. Ainsi, la vengeance criminelle déstabilisera davantage la famille.

Justice-famille : l’impossible conciliation
En Algérie l’inceste est sévèrement puni, mais rarement les prévenus arrivent à la justice et de là soumis à des experts et psychiatriques. Mais l’acte incestueux entraîne parfois des grossesses dépassées pour une éventuelle interruption. La mise au monde d’enfants est alors irrémédiable. "C’est dans ce contexte que la justice est généralement saisie et les mis en causes soumis à des expertises mentales", signale le Dr Ben Abdellah notre seul interlocuteur et aide précieux pour l’aboutissement de cette enquête, faute de pouvoir accéder aux Est-ce une attitude dictée par l’impérative loyauté du juge au secret professionnel ou alibi mâtiné de pudeur pour l’institution judiciaire qui a repris à son compte le réflexe de garder le silence sur un interdit imposé par la doctrine culpabilisante du péché originel à l’institution sociale dont elle (l’institution judiciaire) est le prolonge-ment. Cette omerta conventionnelle et non écrite étant consacrée par les normes d’une société qui sait trouver des accommodements à ses errements, le reste est affaire du code pénal qui considère l’acte incestueux comme un crime.
Le Code pénal énonce, en effet, dans son article 337 bis que les relations sexuelles entre proches parents sont interdites et sanctionnées par des peines d’emprisonnement allant de 2 à 20 ans de prison ferme, selon le degré de parenté des incestueux. Dans tous les cas, précise l’article 337 bis du Code pénal, si l’inceste est commis par une personne majeure avec une personne mineure de moins de 18 ans, la peine infligée à la personne émancipée sera supérieure à celle infligée au partenaire incestueux qui n’a pas atteint la majorité. Une lecture critique au premier degré de cet article révèle la rigidité et la froideur coercitive du Code pénal qui ne fait pas place à la notion de victime dans l’acte d’inceste, même s’il fait des concessions aux enfants et aux mineurs.
Médecin et psychiatre-adjuvants du juge
Le silence incestueux et quelque fois les mensonges amplifient le doute sur les cas d’inceste et compliquent la tâche du magistrat dont la marge de manœuvre pour la recherche de la vérité se trouve réduite en l’absence de preuves. "Le plus souvent, témoigne le docteur Ben Abdelah, le magistrat requiert sur simple plainte, le mandat de dépôt, la conviction morale du juge prime" : suivons ce témoignage. B. A. est âgé de 49 ans. Dénoncé par sa fille pour acte incestueux, il passera 6 mois en prison puis relâché après que la plaignante soit revenue sur ses aveux. Rym, c’est son nom, restée en liberté, accepte de se soumettre à l’expertise mentale : "La narration des faits devient au fil de l’entretien un véritable roman de série noire" observe l’auteur de l’expertise. D’après elle, son père aurait abusé d’elle une première fois à l’âge de 6 ans. A son adolescence, son père se serait servi d’elle comme bouclier humain afin d’échapper à un attentat terroriste, il était patriote.
Son père aurait poursuivi sa relation incestueuse à plusieurs reprises mais une fois rejeté, elle le dénoncera à la police. Lors de l’entretien Rym était vêtue coquettement et se montrait décontractée et prolixe dans son discours. Elle s’est fait, en outre, accompagner ce jour-là par un jeune garde communal qu’elle avait présenté comme étant l’ami intime de son père. L’expertise mentale déterminera une personnalité hystrionique. Six mois plus tard, elle reviendra sur ses aveux devant le magistrat et le père retrouvera sa liberté. "Ainsi, l’innocence ou sa présomption n’est confirmée ou infirmée que par la seule volonté du plaignant", résume notre interlocuteur.
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